Rechercher sur Google

mercredi 2 mars 2011

La Démocratie africaine, un héritage empoisonné ?

Auteur: Augustin Kasita

Il ne fait l’ombre d’aucun doute qu’en Afrique, la problématique de la démocratie se pose avec acuité et simultanément, avec elle, celle du mieux être national. Elle serait donc la voie de sortie du double questionnement de l'autoritarisme et de la crise économique. Ces deux questions d’actualité se posent aussi en termes de politique et d’économique. La Déclaration Universelle sur la Démocratie stipule que la démocratie est universellement reconnue comme un idéal et un but; elle est basée sur des valeurs communes partagées par les peuples du monde malgré leurs différences culturelles, politiques, sociales et économiques.
En effet, il est généralement admis que la démocratie est un mode de gouvernement où le peuple exerce la souveraineté. Elle est aussi « le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple ». Prise dans ce sens, la démocratie s’oppose à tout pouvoir qui n’est pas l’émanation du peuple.
Cependant, dans la véritable démocratie, le détenteur du pouvoir est le peuple appelé souverain primaire. Ce dernier ne pouvant exercer cette souveraineté, il délègue son pouvoir à un nombre restreint d'élus qui l'exercent à sa place. Ces élus sont désignés à travers des élections libres et transparentes. Ainsi, le pouvoir qu’ils exercent l’est au nom du peuple qui le leur a temporairement transféré et à qui ils doivent rendre compte. Fort dommage, le constat est amer. Nombre de ces pays africains font preuve d’une démocratie de façade, caricaturée. L'on fait certes parler les urnes mais les résultats ne sont pas toujours l'expression de la volonté souveraine du peuple mais plutôt de la puissance du prince. En conséquence, les dirigeants deviennent à vie et de moins en moins enclins à accepter le contrôle du peuple. La démocratie devenant alors le pouvoir du plus fort, par le plus fort et pour le plus fort. Peut-on parler démocratie dans une Afrique marquée par la diversité ethnique et tribale où les élections s’avèrent sociologiques ? Que faut-il faire devant cette impasse qui, davantage bloque la machine démocratique en Africaine ? Quelques leçons seront tirées à la volée des faits récents afin d’éclairer certains ombrages.

De la démocratie en Afrique
La démocratie comme forme de gouvernement est apparue au XIX e siècle en France, en Angleterre et aux États - Unis. Toutefois, au regard de l'histoire africaine, la quête démocratique remonte au matin de gésine de la colonisation. Elle a connu différentes solutions : le messianisme de l'aube coloniale constitua un appel tourné vers le passé. Dès la fin de la seconde guerre mondiale, naquirent le nationalisme et la décolonisation que les intellectuels africains ont menés pour conquérir les indépendances africaines. Ces pères de l’indépendance, en s'emparant des armes du colonisateur, avaient ainsi hérité ou reproduit le même modèle constitutionnel que la Métropole coloniale mais, cette fois-ci, privé de son esprit et de sa lettre. Cette appropriation malhabile a favorisé l'entrée de l'Afrique dans la période de l'autoritarisme sous ses différentes formes (monopartisme, coup d'État militaire, la présidence à vie, etc.) au nom de la création de l'Etat-nation, sacrifiant la démocratie véritable. C'est au détour de cet échec postcolonial que les mouvements réellement démocratiques et populaires naîtront dans la plupart des pays africains, à partir des mouvements sociaux (révolte d'étudiants, grèves des travailleurs, etc.), des revendications politiques et des conflits identitaires des minorités au sein des États modernes (rébellion armées, multipartisme, décentralisation, etc.). Ces contestations exigèrent une économie nationale saine et adaptée au système mondial en place, une bonne "gouvernance", de nouvelles institutions et le choix libre de leurs représentants. Ils réclamaient donc la participation de toutes les forces de la nation à la chose publique. Ces mouvements démocratiques avaient remis en question les régimes en place. Ainsi, rejetant le constitutionnalisme des "pères de la nation", ils réclamèrent dès le départ un État de droit et la démocratie. Par ce biais, ils avaient alors rejoint ceux d'autres parties du monde qui les avaient précédés sur le chemin de la démocratie.

Au-delà de la diversité : Éveil à la conscience démocratique
Il est de nos jours impossible de faire une analyse sur la démocratie africaine sans la placer dans le contexte international qui interfère directement sur le jeu politique national dans nos pays. Il suffit de voir le dynamisme et l’activisme des diplomates occidentaux dans nos pays à l’approche d’élections pour s’en convaincre. L’importance accordée par nos dirigeants à l’opinion internationale c’est à dire celle des « pays amis » qui assurent pratiquement la survie financière, est plus essentielle que l’opinion publique nationale plus facile à étouffer ou à manipuler. Par ailleurs, la principale difficulté vient de ce que nous sommes vraiment. Encore, une des difficultés majeures pour la réussite de la démocratie africaine est le processus historique par lequel les différents groupes ethniques africains ont a été obligés de constituer une nation et de vivre ensemble, indépendamment de leur propre volonté. Certes, dans une telle Afrique où le clivage ethnique et tribal est maître-mot et où il est plus facile à celui qui est au pouvoir de se faire un résultat qu'à celui qui veut y accéder d'avoir un résultat, le cas de la dernière élection présidentielle de 2010 en Côte d’Ivoire est louable. D’autant plus que le peuple Ivoirien a montré à la face du monde l’avancée démocratique du peuple africain. Il dépassé ainsi toutes ses limites ethniques et tribales. Ceci devra interpeller les dirigeants africains. Car, ils doivent parvenir à intégrer les principes et des règles du jeu de la démocratie. De ce fait, ils devront se débarrasser des illusions d’une élection sociologique d’une part,  d’autre part, qu’ils sachent honorer ce peuple souverain qui leur confère temporairement son pouvoir. Ainsi, ils seront prêts à assumer et accepter démocratiquement le verdict des urnes. Car honorer l’expression valable et représentative du peuple à travers l’élection démocratique et transparente, c’est cela faire preuve de démocratie. C’est dans ce sens que ces dirigeants africains sauront dire non à toute mainmise forcée de la communauté internationale. Par conséquent, ils s’entretiendront dans une relation d’égal à égal. À l’instar de la nation ivoirienne, les autres nations africaines préparant aux élections présidentielles en cette année 2011, notamment la République Démocratique du Congo, pourront se servir non du comportement incivique qu’affiche Laurent Gbagbo, alors Président sortant de la Côte d’Ivoire, mais du signal fort qu’a lancé le peuple Ivoirien. Lequel signal traduit l’unité et l’essor de l’Afrique. Nous invitons les dirigeants africains à plus de responsabilité pour le peuple. C’est dire qu’ils doivent redonner à ce peuple son visage de souveraineté. Nous leur demandons de marcher sur les traces de Nelson MANDELA, Julius NYERERE et de bien d’autres icônes africaines qui ont su lever la flamme de la démocratie en Afrique. Il est donc l’heure que les Africains puissent éviter le virus des guerres dites ethniques et d’autres intérêts égoïstes dont les tenants et les aboutissants restent encore hypothétiques. Ils doivent plutôt regarder vers une même et unique direction et converger vers un seul objectif.  À ce juste titre, la démocratie africaine ne sera plus un discours mais bien plus, un fait concret.

Ce que l’Africain doit intégrer
La véritable démocratie africaine efficace devrait commencer par admettre la multinationalité de chacun des cinquante-deux pays africains. Ce qui sous-entend une décentralisation du pouvoir au niveau de chacune de ces nationalités. Cela permettrait à chacun d’être dans une société politiquement gérée en conformité avec la culture et l’éducation. Ainsi, chaque citoyen aurait le sentiment d’être en sécurité sur son terroir.
Par ailleurs, le peuple de chaque nation devraient garder son pouvoir souverain de se choisir des leaders et de définir leurs missions. Les modalités de ce choix des leaders devraient être acceptables par tous. Ce peuple devrait également être doté des moyens nécessaires pour contrôler ses leaders et éventuellement les remplacer. Cependant, revisiter quasi toutes les frontières des pays africains, héritées de la colonisation, serait toujours souhaitable. Cela en vue d’une cohabitation solidaire entre africains.  
En un comme en mille, ces questions devraient être réglées, le plus tôt possible, pour que l’Afrique se mette sur la même trajectoire démocratique que les autres continents. Cet effort prendra probablement du temps. Mais, l’Afrique ne s’y échappera pas par mimétisme, par des fuites en avant ou par le mépris de ce qu’elle est avec ses limites et ses difficultés. Plutôt de se regarder au travers des yeux des autres pour s’accepter soi-même, les africains devront se regarder en face. Plutôt de comprendre ce qu’ils ne sont pas, les Africains devraient lessiver leurs linges sales à l’africaine. C’est seulement par cette voie que l’Afrique atteindra sa véritable démocratie, teintée des valeurs africaines.   

Cet article a été publié dans N°120 de la Revue l'Avenir (Février), aux Editions Médiaspaul/RDC

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire