« Les médias du 21ème siècle : Nouvelles frontières», tel est le thème de l’édition 2011 de la Journée mondiale de la liberté de la presse, que le monde célèbre en ce jour, 3 mai 2011. Cela marque le 20è anniversaire de la Déclaration de Windhoek sur la promotion des médias indépendants et pluralistes. En effet, depuis des décennies, les médias ont été un recours des citoyens contre les abus des pouvoirs. Ce faisant, les journalistes et la presse se donnaient rôle et devoir de dénoncer ces violations des droits, même si cela leur coûterait du sang, d’atteintes, d’assassinats, des menaces de mort, d’enlèvements, etc. Cette attitude de contraindre tout dérapage des valeurs démocratiques a valu aux médias l’identité de « quatrième pouvoir ». Ainsi, celui-ci trouve sa pleine inspiration dans l’article 19 de la Déclaration Universelle des Droits de l’homme et dans la charte Africaine des droits de l’homme en son article 9. C’est par là que notre idéal se revêt du sens. De cette façon, le « Quatrième pouvoir » des médias, soutenu par les libertés fondamentales à laquelle la RD Congo, en tant qu’un pays démocratique, a ratifié, se révèle familier à la médiacratie. Que constate-t-on sur la liberté de la presse en RD Congo ?
Notre constat est de voir que de tout temps, la problématique de la liberté de la presse se pose avec finesse tant en RD Congo qu’à travers le monde. Cette liberté de la presse est certes le secret de la liberté, disait Peter Molnár. C'est dire que seuls les pays où cette liberté est assurée peuvent fonctionner démocratiquement. Le terme « Liberté » renseigne en effet absence de toutes formes de contrainte. Avec le Professeur NGWESYA, nous pouvons distinguer trois types de libertés à savoir : liberté physique, elle est la première qui stipule l’absence de contrainte physique. Le second type est liberté morale, celle-ci infuse l’absence de contrainte morale, l’absence des lois ou des obligations. Cette liberté confère aux peuples la manie verbale pour critiquer librement le gouvernement. La liberté psychologique quant à elle, traduit l’absence de contrainte psychologique. Autrement dit, « liberté de choix ». Cependant, ces trois types de libertés ne sont acquis qu’avec une presse libre, puisqu’elle est un pouvoir fort. Certains régimes dictatoriaux ont vacillé de leur socle et/ou ont perdu leur crédibilité suite à l'apparition d'une presse libre et critique. Arme à double tranchant, elle n'est pas à l'abri des manœuvres politiciennes ni des manipulations partisanes pleines de conséquences néfastes pour la paix et le progrès de la démocratie. La Tunisie, l’Egypte, la Lybie nous servent de tremplin. Hélas, les pouvoirs en place continuent à inquiéter les professionnels des médias, procédant par des arrestations ou détentions arbitraires et assassinats. À quand la fin de l’hégémonie politique sur les médias ?
De la situation de la liberté de la presse en RD Congo
La liberté des médias en RD Congo n’est qu’un horizon volant. En effet, la décision prise en 1992 par les Ministres de l’Information des pays de l’OUA de promouvoir le rôle des médias dans le processus de démocratisation en Afrique a été réitérée par les Etats-membres de la convention de Lomé réunis à Mbabane, Swaziland, en 1994. L’accent a été mis sur la démocratisation, le respect des droits de l’Homme et l’amélioration du dialogue politique entre les Etats-membres de la Convention de Lomé. Curieusement, les médias continuent à être confrontés aux ambitions dominatrices et manipulatrices des pouvoirs. Car ils reconnaissent en ceux-ci le statut de force sociale, capable de mobiliser les rues, de légitimer un régime. Ainsi, ces politiques brûlent toujours du désir de domestiquer les médias. À ce point de vue, le Reporters sans frontières (RSF) estiment que : « Le constat est que nombre de chaînes ont quitté la sphère de l’information pour entrer dans celle de la pure propagande au service d’un parti ou d’un candidat.» Ceci prouve à suffisance que les médias ont été effectivement au banc des accusés. Au tant dire encore qu’ils se sont livrés en quête d’une survie dépendant des mamelles politiques. Il est impérieux de noter que la liberté des médias suscite davantage inquiétude et illusion, puisque les journalistes font preuve d’un déséquilibre social et restent corruptibles. D’où ils ont perdu leur dignité. Eu égard aux susmentionnés, l’organisation non gouvernementale, Journaliste en Danger (JED) devrait continuer à jouer son rôle de défendre l’exercice de la liberté de la presse contre les méandres politiques et de ce fait, veiller au respect de devoirs éthiques et déontologiques journalistiques régissant ce métier, surtout à l’approche des élections prochaines. Osons-nous encore réitérer le fait que la sphère médiatique congolaise n’ait été libre. Elle n’a pu qu’enregistrer des cas d’arrestations arbitraires et des meurtres ; le cas du meurtre d’un éminent activiste des droits de l’homme, Floribert CHEBEYA, Directeur exécutif de la Voix des sans Voix (VSV), est parlant.
Quelques perspectives d’avenir
La liberté d’information et de communication est au cœur du pouvoir reconnu aux médias de masse. Certes, dans un pays en plein émergence démocratique comme la RD Congo, il est rationnel que nous puissions nous mettre à l’apprentissage de la médiacratie. Celle-ci aidera le peuple congolais à chanter le refrain démocratique à la manière des rues maghrébines. Cela grâce aux réseaux sociaux. La démocratie s’entend, ici, comme la capacité du pouvoir à respecter et à honorer les engagements assignés avec le peuple, lors de la campagne. Cela implique le contrôle régulier du pouvoir par le peuple. À cet avis, l’adoption d’une loi sur l’accès des journalistes aux différentes sources d’informations politiques officielles est d’urgence. La médiacratie viendrait de ce fait, redonner sens à la démocratie. Ainsi, elle renforce le pouvoir de l’opinion publique par les médias. Ces derniers doivent servir d’Agora pour des échanges entre les populations et les politiques. A la lumière de la médiacratie et de la globalisation, les médias devront émerger davantage dans cette dynamique, conformément au rêve de Macluhan dans sa prophétie du « Village planétaire ». A ce titre, NZINGA MAKITU estime que « Le quatrième pouvoir des médias est concrètement celui dont disposeraient les citoyens pour critiquer, repousser, contrecarrer démocratiquement des décisions illégales pouvant être uniques, injustes et même criminelles contre les personnes innocentes. Il est souvent la voix de sans voix ». C’est dans la pratique de médiacratie que le métier du journalisme s’exercera de manière libre et impartiale sur tous les plans : politique, économique, religieux, etc. Que la pratique du phénomène dit « Coupage » cesse. Et que les patrons de différents médias humanisent le travail des Journalistes. Puisse les médias publiques (RTNC, ACP) sortir de l’emprise du pouvoir en place pour être au service du peuple. Somme toute, nous proposons une relecture sur la liberté des médias à la lumière de la mondialisation. En effet, pour la réussite de la démocratie en RDC, il sied de promouvoir la médiacratie c'est-à-dire une presse libre, impartiale, capable de dénoncer et de rendre compte des affaires des pouvoirs, tout en cheminant ensemble avec eux. Une presse à même d’assumer l’identité et la culture du « Quatrième pouvoir » ; celle qui soit mise à la portée des peuples. La liberté des médias en RDC loge dans le « non dit du discours » aux médias. Tant que la peur s’installe dans le chef des journalistes, cette liberté restera toujours étouffée. Malgré les efforts consentis jusqu’ici, le discours médiatique garde son « statut quo » et reste incomplet et vide. Cette liberté ne sera complètement acquise que lorsque ce « non dit du discours » sera saisi et connu des professionnels des médias. Et ce « non dit du discours » c’est Dieu. Certes, les médias seront libres lorsque leurs acteurs parviendront à exercer ce noble métier sous l’impulsion divine. Imbibés et animés par cet esprit, ces acteurs sauront unifier leur volonté et la liberté. Ainsi, les médias sauront se défaire de l’hégémonie politique qui les a longtemps assiégés.
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